Nguoi Cu Si     [ Retour ]           [Home Page]

TABLE RONDE ET CONCLUSIONS DU COLLOQUE

( Extrait de "Deuxième rencontre  Bouddhistes-Chrétiens : Parole et silence" - Pentecôte 84
Organisée par l'Institut Karma-Ling )

Père B. de Give

Nous allons donc répondre aux questions des participants. Si vous permettez je donnerai d'abord la parole au Vénérable qui est à ma droite parce qu'il a deux questions à traiter. Vous pouvez commencer par celle que vous préférez... Peut- être, par exemple, par le koan africain.

Vénérable Thich Thien Chau

Je rappelle "la parole est étrange, elle a engendré sa mère". Je pense que la vérité est unique. Il n'y a ni vérité vietnamienne, ni vérité française, ni vérité africaine. La vérité est la vérité. C'est pourquoi quand le Dr Schnetzler m'a demandé de répondre, l'ai pensé immédiatement à la phrase suivante du Tao Te King, un livre unique de Lao Tseu:

"L'absence du nom est le commencement, le nom est la mère des dix mille choses".

C'est-à-dire les paroles sont la mère de tout, car sans la parole il n'y a pas de chose. Mais les noms et les nominations sont les désignations des choses; les paroles donnent naissance à des noms, désignent des choses; ainsi les choses sont des désignations. Pour le bouddhisme, il y a l'absolu qui est le Nirvana, la Vacuité-Vide, tandis que sur le plan du relatif il y a la loi de la production conditionnée (paticcasamuppada), la loi de l'insubstantialité (anatta) et la loi de l'impermanence (anicca). C'est la loi de la production conditionnée qui explique que toutes les choses sont créées par des conditions. Certainement la parole est la mère des choses. Ainsi elle peut créer sa mère. Mais il ne faut pas fixer une chose avec une seule désignation. Par exemple il y a une dame ici qui est en même temps la fille mais en même temps elle est la mère. La mère et la fille sont deux aspects dans une femme, vous le savez. Vous n 'êtes pas en même temps, une grand-mère, une mère et une fille. Les choses sont une production conditionnée. Une mère c'est une mère, une fille c'est une fille, une grand-mère c'est une grand-mère. Je pense que toutes les choses sont conditionnées. Je pense que le koan africain est correct. La parole est la mère ou engendre sa mère. Mais maintenant, je peux créer un autre koan pour ceux qui sont toujours angoissés par les koans (rires) "Quelle est la mère des paroles ?" Questionnez-vous. "Qui est la mère des paroles ?" C'est un koan. (Dans l'assistance, une voix tout juste audible "c'est le silence"... rires).

Il y a une autre question qui me concerne, elle est liée à l'exemple cité hier, de la méditation près du ruisseau. "Est-il possible d'être à la fois dans la respiration, la perception et de méditer sur l'imperrnancence?"

C'est correct si l'on peut pratiquer comme ça. Si vous pouvez devenir un voyageur de méditation, vous pourrez pratiquer en même temps respirer attentivement et méditer auprès du ruisseau. Parce qu'en respirant on peut méditer sur l'irnpermanence des choses. Le chant du ruisseau donne une condition facile, pour nous, de méditer sur l'impermanence. Non seulement sur l'impermanence, mais comme j'ai dit hier même sur l'insubstantialité, même sur la production conditionnée. Nous pouvons par le chant et le courant du ruisseau connaître la nature des choses et les lois universelles comme l'impermanence, l'insubstantialité, la production conditionnée. Je pense que si vous connaissez bien la réalité d'un ruisseau vous pouvez réaliser la vérité en vous-même. Non seulement près du ruisseau, mais si vous voyez sur votre tête qu'il y a deux sortes de cheveux, gris et noirs, par là vous pouvez méditer sur l'impermanence. La vérité est partout. On peut méditer auprès d'un ruisseau en faisant attention à l'inspiration et à l'expiration et en même temps méditer sur l'irpermanence. Pour faciliter la pratique au commencement il faut prendre des sujets simples. C'est-à-dire quand on fait des respirations longues, on fait des respirations longues, et ensuite des respirations courtes. Mais lentement, lentement. Il ne faut pas faire les choses combinées d'abord au commencement, c'est difficile. Il faut pratiouer d'abord des choses simples, faire attention à la respiration et puis après, vous méditez sur l'impermanence.

La troisième question est "le péché originel a une grande importance dans le christianisme et torture les consciences. Qu'en est-il dans le bouddhisme ?" Je pense que si j'étais un chrétien il n'y aurait pas de torture de ma conscience, parce que c'est un problème de doctrine. Le vrai problème est comment purifie-t-on la conscience ou l'esprit, mais il ne faut pas être torturé par de telles choses. Et peut-être y a t'il quelques personnes qui veulent éviter la torture de la conscience en se convertissant elles-mêmes au bouddhisme (rires), mais je pense que le problème sera le même. Dans la doctrine bouddhiste, le Bouddha dit que "l'esprit est originellement animé," l'esprit est quelque chose de merveilleux, cependant l'ignorance ou les passions souillent l'esprit. C'est cela la notion de péché dans le bouddhisme. Il faut purifier l'esprit pour que les passions et l'ignorance soient éliminées. Mais il ne faut pas cerner trop les choses de cette façon. Il faut immédiatement vous purifier vous-même pour réaliser la vérité, atteindre la libération. Ne vous inquiétez pas du péché originel. Peut-être dans le passé ai-je souillé mon esprit mais l'importance pour moi dans le présent est de purifier mon esprit. Je ne souffre pas car je dévoue tout mon temps et mon énergie à éliminer les souillures. Je vous donne un conseil, il ne faut pas devenir bouddhiste pour éviter la torture (rires).

P. B. de Give

Nous enchaînons sur une autre question qui est apparentée mais que nous avons préféré voir traiter préalablement par moi, puis par Lama Denis. Voici la question "Est-ce qu'on pourrait développer le parallélisme fait hier, entre le péché originel et le karma ?"

Je dirai qu'il y a assez facilement une fausse interprétation du péché originel. D'ailleurs maintenant les ouvrages catholiques parlent clairement là-dessus. Le péché originel n'est pas un péché personnel qui serait déjà en Adam puis en chacun de ses successeurs, et puis en moi coupable sans avoir été volontaire etc... ça c'est la caricature ! Mais ce qui est réel, ce que la psychologie montre, c'est que l'homme, dès qu'il prend conscience, qu'il grandit un peu et envisage sa liberté, sent qu'il y a une tendance au mal en lui. Alors j'aurais tendance à dire sans être du tout syncrétiste que l'on est un peu dans la même situation, qu'on soit chrétien ou bouddhiste. J'aurais tendance à dire mais peut-être que Lama Denis a une autre opinion, que au fond, on est dans la même situation anthropologique et éthique, un peu comme a répondu avec grande sagesse le Vénérable. Je ne vois pas de raison de faire des montagnes, des difficultés quand il n'y en a pas. Je crois que c'est une affaire de vocabulaire, de translation et de traduction des mots, dans une autre culture. Ma tendance serait plutôt, tout comme le bouddhisme, d'attribuer les tendances mauvaises à une loi de karma qui remonte très haut. Nous aussi, nous attribuons cela à une tendance mauvaise, foncière qui remonte très haut. Mais maintenant, nous avons convenu que Lama Denis peut- être compléterait ou corrigerait.

Vén Lama Denis Teundroup

Je remercie beaucoup le Père pour sa réponse bouddhiste. Je suis un peu embarrassé pour répondre. Je me demande comment il faut se représenter le péché originel. D'accord pour remonter à une origine, que ce soit d'un point de vue bouddhiste au travers du karma, ou d'un point de vue chrétien au péché originel mais, est-ce que vous pourriez dire quelques mots de ce qu'est le péché originel ? Et à partir de là j'essaierai de faire une transposition bouddhiste comme je la ressens.

P. B. de Give

Ce n'est pas facile et on ne peut pas improviser en quelques minutes. Mais je crois qu'il y a une caricature du péché originel et c'est elle qui a fait beaucoup de tort, Par exemple ceci :  dire que moi je suis coupable d'un péché personnel que je n'ai pas commis, ça me semble une contradiction. Or c'est souvent ainsi qu'on représente le péché originel. Je crois pouvoir dire, je connais un peu la littérature catholique actuelle, on ne parle plus ainsi. Ce sont des caricatures.

Au début il y a eu une révolte de l'homme, comme dit maintenant la quatrième préface Eucharistique qui est excellente. L'homme s'est révolté contre Dieu. L'homme, Si vous voulez, appelons-le Adam et Eve, peu importe le nom. Mais on retrouve ces tendances mauvaises en chaque homme à chaque génération. Il y a également les lois de l'hérédité qu'un catholique ne peut pas nier, un psychologue non plus. Donc nous ne sommes pas comme des gens tout à fait inconscients, portés uniquement par le bien et la lumière. C'est enfantin, c'est intenable. Prenons les choses anthropologiquement, psychologiquement. Le chrétien ne peut pas nier cela. Mais j'ai l'impression assez forte qu'on parle de la même chose n'est-ce pas monsieur Chenique ?

F. Chenique

C'est mon opinion depuis longtemps. Mais ce n'est pas toujours extrêmement précis non plus.

P. B. de Give

Il ne faut donc pas lutter sur une caricature. Moi je lutte beaucoup contre les caricatures du bouddhisme en milieu chrétien, mais il ne faut pas non plus faire des caricatures du christianisme à propos du péché originel il faut essayer d'être honnête.

Vén. Lama Denis Teundroup

Le problème originel dans le bouddhisme est l'ignorance. Quant aux péchés, le bouddhisme d'ailleurs parlerait plutôt d'actes négatifs ou de négativité, ils sont l'exercice de cette ignorance et procèdent de ces illusions. Le péché originel serait d'un point de vue bouddhiste l'ignorance primordiale; c'est-à-dire l'ignorance qui donne naissance à la dualité du moi et de l'autre, qui donne naissance à l'illusion qui nous a fait exister en terme de connaisseur et de connu. C'est fondamentalement l'ignorance qui nous a fait exister au sens etymologique, "qui nous fait nous tenir à l'extérieur", à l'extérieur du pur esprit non-duel, à l'extérieur de l'esprit divin; c'est en ce sens l'ignorance qui nous coupe de la divinité ou qui nous fait perdre notre nature divine. Elle nous fait perdre aussi le paradis terrestre qui est le charnu d'expérience du pur esprit. Les tibétains emploient le mot Ching Kham pour désigner le paradis, ce mot signifie littéralement "domaine d'éveil", c'est une idée tout à fait bouddhiste. L'illusion est symbolisée par le serpent et le dragon. La tentation de l'illusion est de vouloir connaître ce qui de par nature est inconnaissable en mode duel. L'ignorance est de vouloir être le connaisseur de Dieu moi en face de lui. L'illusion qui nous enfermerait dans un tel face à face est la pire des ignorances puisque justement la présence divine se révèle quand le moi s'est effacé. Quand le "moi" disparaît, "l'autre" s'efface aussi et ce qui reste est divin. Voilà donc quelques considérations bouddhiques en rapport avec le péché originel. Le karma, puisque la question y fait allusion est l'enchaînement des causes et des conséquences de nos actes. C'est l'apparition de la dualité, le péché originel si l'on acceptait cette interprétation, qui donne naissance au karma quand il y a moi et autres, entre ces deux pôles se développent différents types de relations qui laissent des empreintes dans notre conscience fondamentale; empreintes qui à leur tour conditionnent de nouveaux états de conscience. Tout ce processus est le fonctionnement du karma.

P. B. de Give

Tandis que le christianisme pour la même situation interprète cela en révolte de l'homme contre Dieu. Je crois qu'anthropologiquement et psychologiquement on est dans la même situation. Ce sont les mêmes passions, exactement les mêmes, les mêmes mauvaises tendances, les mêmes souillures, et l'ignorance ici serait plutôt l'homme qui se fait Dieu, comme dans le premier chapitre de la Bible "Vous serez comme des dieux"; c'est cela la révolte. C'est aussi une forme d'ignorance.

Intervenante

S'il vous plaît, est-ce qu'on ne pourrait pas dire que ce serait un mauvais usage des richesses de Dieu au départ ?

P. B. de Give

Oui, je serais bien d'accord. Mais un bouddhiste serait aussi d'accord. On dit purifier, déchirer le voile de l'ignorance, enlever les souillures dans les deux religions.

Vén. Thich Thien Chau

Vous traitez de choses très très sombres ! Dans un discours du Bouddha, dans le Dîghanikâya il est dit que les choses sont semblables au christianisme parce qu'au commencement tous les êtres étaient des êtres célestes. Quand la terre a été formée, les êtres vivaient ensemble dans ce monde, sans distinction de sexe, sans attachement. Après avoir mangé de la nourriture terrestre le corps devient grossier, c'est pourquoi le sexe apparut. Je pense qu'il faut sincèrement reconnaître que nos ancêtres ont déjà mangé de la nourriture terrestre. Mais selon le Bouddha, nous pourrions revenir à un état plus pur, plus heureux, plein de béatitude. Si nous pensons que nous sommes tout à fait parfaits, ce n'est pas la peine de chercher la vérité, pas la peine de pratiquer la méditation. Si nous reconnaissons que nous sommes imparfaits par le péché originel, par ignorance ou par nourriture terrestre, alors nous aspirons à la réalisation du bonheur, à la beauté et à la vérité. Si vous lisez le discours mentionné, vous pouvez trouver des notions concernant l'existence de l'humanité très très belles, mais quand je lis des choses comme ça il n'y a pas de tortures dans ma conscience, parce qu'il n'y a pas de complexe d'infériorité, il n'y a pas de caricature.

P. B. de Give

On va passer à Monsieur Chenique

François Chenique

J'ai reçu un petit papier qui me demande de "comparer la voie mystique et la voie initiatique". Cela mériterait un livre entier, voire un colloque entier.

Il faut déjà caractériser la voie mystique et la définir. Vous pouvez prendre "mystique" au sens ancien du mot, ce que j'ai dit dans mon exposé, c'est-à-dire ce qui va de St Denis l'Aréopagite jusque, à peu près, aux Victorins et à la fin du Moyen-Age. Ensuite vous avez "mystique" au sens moderne du mot. Ça va à peu près de Ste Thérèse d'Avila à Ste Thérèse de l'enfant Jésus. Puis vous avez "mystique" au sens actuel et que l'on trouve entre les deux guerres, où l'on a essayé de ramener la mystique à l'exercice normal de la vie chrétienne. Donc, quand on dit   "voie mystique" il faut savoir de quoi on parle. Généralement, ce qu'on entend, c'est le deuxième sens c'est-à-dire toutes ces histoires de mystiques qui étaient généralement des femmes douées de certains pouvoirs qui faisaient léviter, faire des miracles, avoir des extases, avoir des stigmates etc... Alors qu' est-ce que cette "voie mystique" ?

A mon avis, c'est une voie de bhakti c' est-à-dire une voie d'amour, de dévotion et même une voie de prema-bhakti c'est-à-dire de super-amour, de super-dévotion. Il faut dire que dans cette voie on est constamment incité à se purifier dans le sens que le Vénérable vient de dire qu'il ne fallait pas faire. On est assez généralement obsédé par le péché parce que ce qui caractérise la voie mystique, sauf dans ses aboutissements ultimes, c'est toujours la dualité. A certains passages des écrits de ces mystiques on voit très bien que c'est le "moi" d'une certaine manière, qui n'est pas encore dépassé et transformé en "Soi", et qui veut se rendre capable de l'Infini. Ça revient à mettre l'océan dans la bouteille et comme la bouteille est trop petite on essaie tout le temps d'agrandir ses capacités et l'obstacle à cette inclusion de l'Infini dans le fini, c est toujours une sensation de péché, et donc le péché originel revêt dans cette voie une importance considérable. Il faut dire que bien des gens, je le redirai tout à l'heure, voient le christianisme à travers la mystique parce que pendant quelques siècles Ça a été comme ça. Pour quelles raisons ? Je crois que cela vient des conséquences de la Réforme, également d'une perte du sens de l'intellectualité, en relation avec ce qui a été dit hier quand Ruysbroeck et les adeptes de la "devotio moderna" ont commencé de prêcher la spiritualité aux gens simples, c'est-à-dire, aux gens qui ne savaient pas le latin. Ces gens se sont trouvés confrontés à des expériences spirituelles qu'ils ne savaient pas décrire, et ça a pu aussi créer un certain nombre de phénomènes mystiques.

Je prends un exemple tout à fait différent, c'est celui de Ramakrishna oui était à la fois un grand mystique et aussi un grand connaisseur. Il n'a pas connu de souffrances dans sa vie sauf avec Tota Puriquand il a suivi la voie de Viraha c'est la voie des Gopis, la voie du Cantique de Salomon, c'est la séparation de l'âme d'avec son bien-aimé, et c'est la seule fois où Ramakrishna a connu la souffrance. D'où vient cette souffrance des mystiques ? D'une part de cette impression de séparation, de cette inaccessibilité de Dieu, leur Bien-Aimé, comme ils l'appellent, et dont ils sont séparés, comme les Gopis étaient séparées de Krishna, comme l'épouse du Cantique était séparée de son amant. Mais je crois aussi, que la souffrance des mystiques vient de leur ignorance : ignorance théologique, ignorance métaphysique, ignorance psychologique. Cette ignorance les met dans des états de souffrance abominable parce qu'ils ne savent pas discerner où ils en sont. D'autre part, les mystiques étaient souvent victimes de l'incompétence, de l'ignorance et parfois de la mauvaise volonté des directeurs de conscience. C'est trop connu pour ne pas le dire. Songez à ces couvents de femmes qui étaient livrés à des directeurs incompétents et qui n avaient comme lien avec le monde extérieur et avec la théologie que ces directeurs incompétents, cela créait des phénomènes mystiques. Aujourd'hui heureusement, on en sort pour plusieurs raisons d'abord parce que les couvents se vident, parce que les religieuses pensent à autre chose, parce qu'on leur a enseigné un peu mieux la spiritualité ou parce qu il y a des directeurs plus compétents, je n'en sais rien.

Quel est alors le caractère de la voie mystique ? A mon avis c'est le prototype d'une voie spirituelle personnelle, où l'on est un peu comme livré tout seul au combat de Jacob avec l'Ange. On doit essayer de grimper tout seul les degrés de l'échelle deSaint Jean Climaque ou les demeures de Ste Thérèse d'Avila. Forcément on se limite à des vues théologiques très simplistes, Dieu ou la Trinité, mais en gros c'est toujours très vague et je crois que c'est cela qui fait que les chemins mystiques sont souvent des chemins qui s'égarent. Il faudrait parler des étapes officielles de la voie mystique, mais je crois que nous n'avons pas le temps. Lisez les traités, il en existe encore, depuis le Père Poulain jusqu'à Tanquerey en passant par le Père Meynard. Je voudrais bien pouvoir faire rééditer le gros traité du P. Meynard qui est un des meilleurs parce qu'il s'appuie spécialement sur St Thomas, et avec St Thomas on n'est pas dans la mystique au sens moderne du mot: on est encore dans la mystique au sens ancien.

Et qu'est-ce qui caractérise la mystique ? A mon avis c est une passivité à l'égard des choses divines. Cette passivité, le fait de pâtir les choses divines, a été poussée à l'extrême. Et quant à cette passivité vis-à-vis des choses divines s'ajoute une "arathie" au sens moderne du mot vis-à-vis du monde, on a la fausse mystique. La fausse mystique c'est ça. C'est quelqu'un qui devient tellement passif qu'à la limite il ne fait plus rien puisque Dieu fait tout , ce qui est une absurdité.

Alors seconde question : quelle est la différence avec la voie initiatique ? Je dis seulement quelques mots de la voie initiatique parce qu'elle se vit ici, à Saint Hugon. Ici, l'on prend refuge dans le Bouddha, on reçoit des initiations de la part des Lamas ou des Rimpotchés et l'on suit des méthodes de méditations. Donc on sait ici ce que c'est qu'une voie initiatique. Tout ce que René Guénon a essayé d'expliquer, on le trouve ici très vivant. Donc je ne vais pas décrire ce qui se passe ici : vous n' avez qu'à regarder. La question fondamentale qui demanderait beaucoup de développement est la suivante :"le christianisme est-il encore une voie initiatique ?""Est-il encore capable de l'être ?" Sur ce point les schuoniens et les guénoniens s'affrontent indéfiniment. Je vous recommande seulement les deux gros ouvrages de l'abbé Stéphane "Introduction à l'ésotérisme chrétien" (chez Dervy-livres). Vous trouverez la question traitée en détail. En deux mots, je pense nue le christianisme est encore initiatique mais qu'il n'a pas exactement le caractère de la voie initiatique hindoue ou tibétaine, par exemple.

Dr J.P. Schnetzler

Pour ceux qui ne peuvent pas tout lire, je signale qu'il y a deux volumes dont l'un s'appelle "Aperçu sur l'initiation", l'autre, "Initiation et réalisation spirituelle", signés par René Guénon, édités aux Editions Traditionnelles, ou vous trouverez un exposé clair, en bon français classique, d'un certain nombre des difficultés abordées ce jour.

Intervenante

Je voudrais vous demander s'il est possible de nous donner une explication du mot "initiation".

P. B. de Give

Je voudrais d'abord dire, bien que j'aie participé au congrès Guénon et c'est là que j'ai appris à estimer la plupart de ses disciples, je ne suis pas "guénonien". Je serais assez fort de la tendance de dire, oui, le christianisme a été une religion initiatique et elle l'est encore. Prenons simplement le cas du baptème, c'est une initiation. Evidemment, nous la donnons à de petits enfants et la catéchèse se fait plutôt après. Mais si le baptème n'est pas cela alors qu'est-ce que c'est le baptème? Et si je peux rappeler avec beaucoup d'émotion, maintenant on peut le dire par ce qu'il est défunt, j'ai une vénération incroyable pour Lama Thubten Yéché. J'ai pleuré quand j'ai appris son décès et ceux qui l'ont connu savent pourquoi. Et Lama Yéché, Dieu sait s'il était à 100% bouddhiste ! Il a bien créé trente centres dans tous les pays du monde. Mais il était d'une ouverture admirable pour le christianisme. Et on peut le dire maintenant qu'il est mort. C'était dans une retraite bouddhiste que je suivais. J'étais dans sa chambre, tout seul, entre quatre murs. Parce que quand il y a tout un public c'est difficile. Les imbéciles diront que je trahis ma foi chrétienne parce que j'aime bien le bouddhisme. Mais là il n'y avait pas d ' ambiguité possible. Au bout de quelques minutes, qu'est-ce qu'il a fait ? il a dit "mon Père, expliquez-moi maintenant qu'est-ce que c'est le baptême ?" Pourquoi un lama bouddhiste demande qu'est-ce que c'est le baptême sinon parce qu'il y sent une initiation n'est-ce pas ? Seconde question ce sont des Questions admirables "mon Père, qu'est-ce que c'est le Saint Esprit?" C'est tout ce qu'il y a de sérieux, il allait droit au but, le doigt sur l'essentiel. Je tiens à le dire, parce que quand on me dit que le christianisme n'est pas initiatique, je trouve qu'on est tout à fait à côté de la plaque. C'est mon opinion tout simplement. (applaudissements de la salle)

Dr J.P. Schnetzler

Si mes souvenirs sont exacts, Denys l'Aréopagite appelait le baptême "Initiation de la théogénèse".

P. B. de Give

Oui et les orthodoxes qui sont dans la salle seront je crois de cet avis aussi.

Intervenante

Oui, mais de dire qu'il n'y a plus de père spirituel, eh bien c'est une erreur.

Dr J.P. Schnetzler

Il n'y en a pas assez.

P. B. de Give

Il y en a d'excellents. Mais le suis sûr que les orthodoxes seront forts d'accord avec ce que je viens de dire.

Intervenante

Mieux vaut la qualité que la quantité...

Dr J.P. Schnetzler

Oui, mais quand on a les deux c'est encore mieux ! (légers rires)

Intervenante

Oui, mais je me demande justement dans ce que vient de dire Madame et qui me paraît très important, je trouve justement que peut-être il y a des choses qui se perdent un peu dans le christianisme. Moi je suis catholique et c'est justement le directeur de conscience.

P. B. de Give

Alors là on est tous d'accord.

Même intervenante

Monsieur Chenique nous a dit qu'il y en avait de très mauvais, j'en suis persuadée comme il y a de très mauvais médecins et de bons médecins comme partout. Mais je crois qu'il y en a de très bons et comme le bouddhiste a besoin d'un maître, moi je crois que le chrétien a besoin d'un directeur. D'ailleurs tout le monde, les grands, Madame de Maintenon, Louis XIV, tout le monde avait des directeurs de conscience.

P. B. de Give

Madame a totalement raison. Mais je suis sûr que toutes les personnes qui connaissent un peu la question ici sont d'accord. C'est une chose que nous déplorons. Enfin on prend une situation comme elle vient.

Dr J.P. Sehnetzler

Je pense que c'est très bien. Non seulement il faut que vous le disiez mais il faut que vous le criiez très fort, parce que ça fera peut-être venir des vocations. (rires)

On a posé un certain nombre de questions. L'une que je vous lis "on a beaucoup parlé du grand silence, celui de l'au-delà de la parole. Ne faudrait-il pas dire quelque chose du silence en-dea de la parole, celui qui est impuissance, oppression et souffrance?" Une autre question en une page dit exactement la même chose.

C'est effectivement un problème important dont je suis professionnellement bien conscient. Je n'en ai pas parlé parce qu'on ne peut pas parler de tout. C'est donc l'occasion d'en dire quelques mots. Le silence par définition peut contenir toutes les paroles. Il peut donc contenir des cris de souffrance, comme des grognements de plaisir. Et il est certain qu 'il recouvre très souvent la douleur, la solitude, la déréliction, l'angoisse et l'impossibilité de parler et de communiquer. Expérience fort douloureuse. C'est un point acquis. Il est certain que pour celui qui est dans cet état, rester en silence n'est pas une solution puisque ce qui lui conviendrait, au contraire, c est de passer à la parole, à la communication et à l'expression. Pour cela l'amitié, les activités humaines, les thérapeutiques ont quelque chose à dire ainsi que toutes les voies spirituelles qui ont pour but de soulager la souffrance humaine, toutes quelles qu'elles soient, par des moyens qui leur sont propres. Donc, pour ceux qui sont dans cet état il faut recourir aux médecins, au pluriel, d'abord aux petits médecin puis au grand médecin, au "thérapeute"de la souffrance humaine, c'est-à-dire au maître spirituel et pratiquer les enseignements qu'il recommande, les exercices convenables de la voie dans laquelle on doit entrer. Une fois qu'on y est entré, il est évident qu'il faut continuer, un pas après un pas, avec patience, en supportant et en se disant qu'à la fin ça va s'améliorer. Ce sont les premiers pas qui sont les plus difficiles.

Il y avait une autre question qui était "Charité et compassion sont-elles analogues ?"

C'est une question qu'on traitera l'année prochaine si vous voulez bien; qui sera au coeur de nos débats.

On me demande si Ste Thérèse de Lisieux est une grande figure du Carmel? Je pense que oui, sans être compétent. On va voir si notre Père Carme veut en dire quelque chose.

A propos du silence et de la psychanalyse, "comment peut-on expliquer un rave en silence ?"

Il est certain qu' on n'explique pas un rêve en silence on parle. La parole étant comme chacun sait la fille du silence et son complément indispensable.

Intervenant

Je voudrais faire une petite remarque. Je crois que Freud lui-même avait dit "qu' il ne faut pas oublier que ce que le patient raconte ce n'est pas son rêve mais le récit du souvenir de son rêve.

Dr J.P. Schnetzler

C'est tout à fait vrai mais peu importe.

Même intervenant

mais ce qui est important c'est quand même le récit par la parole.

Dr J.P. Schnetzler

C'est évident. Ce que l'on transmet c'est effectivement le récit d'un souvenir. Il y a donc une déformation par rapport à une réalité première, apportée par le récit lui-même et par le temps qui s 'est écoulé entre le moment où le rêve est rêvé et le moment où il est raconté. Mais on prend le récit pour ce qu'il est au moment où il est raconté. On travaille avec ce qu'on a.

Il y a ensuite un très long texte qui fait sept pages mais que je vais vous lire. Je crois qu'il intéresse un peu tout le monde.

"J'ai attendu pendant trois jours, trois mots, que je désespérais d'entendre. Ils ont été prononcés tous les trois ce matin, pas d'ailleurs forcément dans le contexte que j'espérais. Premièrement, le Père qui a parlé ce matin, (c'est le Père Dumortier) a employé enfin, le mot "écoute" a propos de St Jean de la Croix, dans l'expression "être à l'écoute". Il me semble qu'il y ait dans l'état de silence un facteur actif qui est de se mettre à l'écoute et qui est peut-être aussi important que le facteur passif, que le Père de Cive a formulé, à peu près, par les mots "ne dire que les paroles qui sont plus importantes que le silence" et qu'a caractérisé le Dr Schnetzler par l'expression "tenir ses lèvres closes". Sans doute tout cela était-il sous-jacent dans tous les exposés, mais j'ai aimé l'entendre clairement exprimé.

Deuxièmement il me troublait que dans un colloque consacré par moitié à la parole, nul n'ait prononcé le mot "dialogue" (j'espère que si le mot n'a pas été prononcé la chose y était tout de même). Que le Père de Give soit remercié de l'avoir fait ce matin d'une façon que j'ai trouvée néanmoins, un peu furtive et limitative, puisqu'il s'agissait que du dialogue entre les religions et non pas entre les gens" J'aurais aimé qu'un grand volet de ces entretiens fût consacré au dialogue, c'est-à-dire à l'échange, c'est-à-dire à ce qui est la manifestation et peut-être le fondement de l'être. Il est notable que le rapport verbal à l'autre n'a été évoqué que pour autant que l'autre était Dieu ou l'autre religion ou le psychanalyste. Les mauvaises langues diront que c'est la même chose". (Je suis extrêmement flatté (rires) dangereusement flatté (rires) et j'essaierai de résister (rires)

"Troisièmement, j'ai cru devoir attendre en vain ce qui me semblait être le mot clef de cette journée. Je l'ai entendu enfin ce matin, mais prononcé vraiment à la sauvette par le Dr Schnetzler. Celui-ci a parlé de"l'expression poétique" comme étant peut-être la moins inadéquate. Nous avons pu rester trois jours sur nos bancs sans entendre le mot "poésie". Certes le Père de Give a prononcé le mot à propos de Thomas a Kempis et le Père ce matin à propos de St Jean de la Croix, mais dans une optique purement littéraire. Mais le poétique, au sens fort et étymologique de Créateur a été ignoré. Dommage !"

"Enfin, dans le thème de la réunion "Parole et silence" les conférenciers ont choisi de parler de la parole et du silence sans prêter, semble-t-il, attention au troisième mot, le petit mot "et". Louée soit Madame Eysseric d'avoir indirectement mis en lumière cette modeste conjonction en nous interrogeant à propos de la parole qui engendre sa mère ! Lao Tseu a dit "un engendre deux". La division de l'un en deux, c'est l'apparition du sujet et de l'objet et cette dichotomie a rendu possible la parole. La parole est le support de la connaissance discursive qui, je crois, est la voie vers la connaissance immédiate. La réintégration dans l'unité est donc, en ce sens, engendrée par la parole qui elle-même émane de l'Un. Il s'agit donc véritablement de prendre conscience du rapport entre le silence qui engendre tout et la parole qui le suit et le précède, nécessairement. C'est dire l'identité fondamentale de la parole et du silence, ce qui aurait pu conduire les organisateurs à donner à leur thème une coloration plus orthodoxement non dualiste en nous proposant non nas le titre "Parole et Silence" mais "Parole est Silence" (fin de lecture).

Nous remercions le contributeur anonyme.

P. J.M. Dumortier

Peut-être puis-je placer cette réflexion qui concerne la méditation chrétienne. Je pense que mes confrères chrétiens seront d'accord. Nous sommes d'une religion du Verbe révélé, Verbe-Parole. Nous avons beaucoup à recevoir de vous, bouddhistes, pour creuser le silence qui nous fait atteindre ce fond, cette profondeur de l'être, dont j'ai parlé ce matin. Mais nous ne pouvons ignorer cette parole de Dieu qui nous est donnée. Elle est révélée, nous le croyons. Elle est la nourriture de notre prière. La démarche est donc
a) instauration du silence
b) la Parole de Dieu vient ensemencer le mental ainsi prépare.
Elle est souvent très légère. Ste Thérèse d'Avila parle des «brindilles« que l'on jette sur le feu qui s' éteint".
c) puis de nouveau silence pour assimiler et digérer cette parole.
Je vois là une "méthode" (chemin) assez pratique qui dérive de ce que nous sommes, en tant que chrétiens, disciples du Verbe incarné.
 

Ste Thérèse de l'enfant Jésus, en effet, à deux visages. D'abord un visage caricatural et il faut dire qu'elle s'y est prêtée un petit peu avec son langage quasi enfantin de la fin du XIXe siècle. Mais si l'on arrive à dépasser cette croûte, parfois difficile à rompre, on atteint le niveau d'une très grande mystique. Au fond elle a redonné l'Evangile pour notre siècle. On peut dire que tout le XXe siècle chrétien est sous son sillage, et aussi sous celui de Charles de Foucauld. Elle traduit l'Evangile dans ses notes fondamentales. Jésus est venu pour les pécheurs, elle en a une conscience très vive. Elle voulait "s' asseoir à la table des pécheurs" et en éprouver toute l'amertume, surtout à la fin de sa vie. Et en même temps, elle avait une confiance éperdue dans la bonté de Dieu. Son thème favori, c'est l'enfant, l'enfant qui a une confiance absolue en Dieu. Et puis, toute mystique est marquée par la passivité. La part humaine est comparée à l'effort que fait un enfant qui est au bas de l'escalier. Il n'arrive même pas à mettre son pied sur la première marche, mais Dieu touché par sa persévérance à essayer d'atteindre la première marche descendra lui-même pour prendre l'enfant dans ses bras. Voilà ce qu'on peut dire.

Deuxième note de sa spiritualité l'amour; c'est sa recherche initiale. Etant jeune fille, elle voulait être tout ce qu'il y a de beau, de grand et de très passionné. Devant ce choix impossible à faire, elle a ouvert le Nouveau Testament et elle est tombée sur la parole de St Paul "l'Eglise est comme le corps du Christ et ce corps se construit dans l'amour" (Ephésiens 4, 18). Elle comprit qu'en étant au coeur, en étant l'amour, elle remplirait toutes les vocations. Sans rien faire de très spectaculaire de son vivant, elle est devenue la Patronne des Missions et la Patronne de la France. Elle a une influence universelle, non seulement au sein du christianisme mais aussi au-delà de ses frontières, et cela grâce a l'amour dont elle s'est laissée embraser.

Dr J.P. Schnetzler

Une autre question, la dernière de celles qui m'ont été adressées et qui est "Les blocages rencontrés dans la méditation peuvent-ils remonter plus loin que la petite enfance, avant la naissance ?" "Faut-il envisager le lying ?"

Je vous donnerai l'explication du mot anglais tout à l'heure. La première question, soulève le problème de l'influence réelle de facteurs psychologiques remontant à une existence antérieure à la naissance biologique actuelle. Problème présent dans le bouddhisme mais non dans le christianisme de cette façon. Ces causes de blocage, le bouddhisme les nomme "samskara" en sanscrit, ce sont des tendances, des forces, des énergies, à la fois formées et formantes, puisque le mot a le double sens passif et actif. Les samskaras ont donc été formés par des causes antérieures et ils agissent actuellement comme des causes formantes. L'enseignement bouddhiste signale que l'une des dernières réalisations du Bouddha avant le nirvana lors de la dernière veille de la nuit c'est la connaissance des existences antérieures. Cela fait partie du dernier des pouvoirs spirituels avant le dernier qui est la suppression définitive des trois racines de l'existence. Le dernier de ces pouvoirs c'est donc la vision des causes exactes des samskaras, l'épuisement de ces samskaras, l'extirpation définitive de ces sanskaras et des influences limitantes qu'ils exercent sur l'être au moment présent. Voilà donc la théorie.

La pratique : il arrive souvent en méditation que remontent un certain nombre de souvenirs de l'existence présente et que soient ainsi liquidées un certain nombre d'émotions ou de situations conflictuelles inhérentes à l'existence actuelle.

Cela fait partie du travail routinier et nécessaire de la méditation. De temps en temps, il peut arriver que remontent des souvenirs non localisables dans l'existence actuelle. Ce sont des faits relativement rares dans les conditions ordinaires, soit expérimentés dans les conditions de la pratique méditative, soit plus rarement encore expérimentés au cours de la pratique psychanalytique. Personnellement je peux attester de l'existence de ces phénomènes, qui existent de façon spontanée, en général, dans la toute petite enfance, dans ce dernier cas cela commence vers l'âge de deux ans, en général, quand l'enfant commence à parler et cela s'éteint, en général, quelques années plus tard, vers l'âge de dix-douze ans. Il est tout à fait exceptionnel qu'ils persistent à l'âge adulte. Je parle là des hommes ordinaires, non de ce que les tibétains appellent des "Tulkous". Je signale pour les personnes intéressées les ouvrages de Denise Desjardins qui traitent de ce problème et pour les scientifiques, l'existence de quatre gros volumes que Ian Stevenson, professeur de psychiatrie à l'université de Charlottesville aux Etats-Unis a consacrés à ce sujet. L'institut de recherches qu'il dirige, assez richement doté en moyens, lui a permis de rassembler environ deux mille cas de souvenirs de vies antérieures collectés sur toute la planète. On parle de traduire son premier volume en français. En tout cas, pour les lecteurs de langue anglaise, il y a quatre gros volumes bourrés de faits, de statistiques, de vérifications et d'enquêtes, qui satisfont à toutes les exigences de la méthode scientifique, mais n'ont évidemment pas encore bénéficié même d'un compte-rendu en langue française parce que c'est un sujet tabou dans notre université, jusqu 'à aujourd'hui. Peut-être cela changera t-il ?

Deuxième question "Faut-il envisager le lying ?" Lying est un mot anglais qui signifie "être couché" et est utilisé par le couple Desjardins pour désigner une méthode pour voir les choses telles qu'elles sont et accessoirement pour retrouver les souvenirs de vies antérieures. Il y aura un colloque avec Arnaud et Denise Desjardins ici même au mois de Juillet, les 16, 17 et 18 Juillet. Vous pourrez donc les interroger. En trois mots, le "lying" c'est une méthode de Swami Prajnanpad, un hindou, qui consiste à être couché et à dire spontanément tout ce qui vous passe par la tête. Cela vous rappelle quelque chose je suppose. (rires) A la différence de la psychanalyse freudienne, et c'est une différence de technique fort importante, au lieu de donner la consigne de laisser simplement venir ce qui vient, on conseille de concentrer l'attention, de la ramener sans cesse sur un point choisi, ce qui est le plus douloureux, problématique ou qui échappe. Il est évident que cette deuxième consigne change tout, par rapport à la pratique de la psychanalyse où on laisse jouer ce que le psychanalyste, en son jargon technique appelle les résistances. En laissant jouer les résistances, il est évident que les problèmes trop douloureux ou trop angoissants ne sont pas abordés ou avec une sage lenteur. Si cela est utile dans les cas fréquents où il faut laisser les choses mûrir , les gens évoluer, et où les patients prennent leur voiture pour rentrer chez eux en fin de séance. La règle psychanalytique est sage. Mais dans les conditions tout à fait différentes d'un séjour dans un ashram ou un monastère où on a le temps de se rétablir et où on est sécurisé par la présence du maître et de la communauté, on peut se permettre d'être un peu plus chirurgical. Dans ces conditions on s'aperçoit que les blocages ou des défenses extrêmement énergiques cachent des angoisses profondes qui ne remontent en général pas à la surface au cours d'un traitement analytique, ou des souvenirs extrêmement enfouis, dont certains d'ailleurs de la vie actuelle et pas seulement d'existences antérieures. Arnaud Desjardins m'a dit que dans son expérience, dans les conditions optimales possibles de suggestion, puisque dans son ashram très sélectionné, où l'on fait vraiment tout le possible pour retrouver des souvenirs de vies antérieures et sur plusieurs centaines de cas, il n'a observé que 40% de personnes présentant des phénomènes, qui, éventuellement, pourraient être des souvenirs de vies antétieures. Donc, compte-tenu de cette sélection maximale il est évident ou il s'agit d'un phénomène rare et difficile à mettre à jour. Cette technique est simplement dérivée de la méditation yoguique qui consiste à appliquer la lucidité vigilante aux formations mentales, aux émotions, avec concentration, mais jointe à la position couchée. Elle est dans sa partie mentale superposable à la pratique de la vision pénétrante (vipassana) du bouddhisme, qui consiste à voir les choses comme elles sont, l'angoisse comme l'angoisse, le souvenir comme le souvenir, l'illusion comme l'illusion.

Intervenante

Docteur, qu'est-ce que vous entendez par "population sélectionnée" ?

Dr J.P. Schnetzler

La population de l'ashram d'Arnaud Desjardins était composée, premièrement de gens qui avaient été passionnés par ses livres où il développait ce point de vue, qui avaient ensuite du temps à consacrer pour venir passer un mois au Bost ou quinze jours d'affilée, qui enfin vivaient là, à douze personnes à peu près toute la journée avec Arnaud et Denise, mangeant avec eux, en silence, ayant un entretien ou un lying quotidien ou bi-quotidien, recevant le soir les enseignements d'Arnaud Desjardins, avec toute la pression psychologique que peut exercer un groupe extrêmement fervent et relativement limité, où disons l'idéal collectif c'est en partie de retrouver les souvenirs de ses vies antérieures.

P. B. de Give

On me signale que dans l'Epître de St Jacques, il y a des passages très percutants sur les effets de la langue. C'est vrai et je crois l'avoir cité dans une phrase de Thomas à Kempis qui signale le fait, mais il y a tout un développement. Il compare la langue au gouvernail d'un navire. Le gouvernail est une petite chose mais qu'il peut gouverner tout un grand navire. La langue, de même, est une petite chose. Elle peut diriger dans le bon sens ou faire dévier tout notre cheminement.

Une autre chose : "Dans la mesure du possible, ne serait-ce pas intéressant de citer le Père Teilhard de Chardin" ? Ce n'était pas dans notre sujet "Parole et silence", et son attitude vis à vis des religions orientales, je l'ai dit tout à l'heure aux organisateurs, ne me semblait pas très positive. Certes, Teilhard de Chardin est optimiste et grandiose et rejoint très fort la vision d'ensemble des Pères grecs. Il y a l'idée du Christ cosmique, d'un Christ glorieux, qui va alors transfigurer le monde entier. Je pense qu'un orthodoxe se trouverait fort à l'aise et un catholique actuel aussi. Mais à l'époque c'était nouveau et c'est peut-être pour cela qu'il a été mis au rancart durant sa vie. Mais justement, et c'est assez curieux pour un homme si intelligent au point de vue de l'ouverture scientifique avec une idée grandiose du christianisme vrai, autant il a été épanoui et dynamique, autant il a peu connu le bouddhisme et l'hindouisme. Il a pourtant vécu en Chine, mais je crois qu'il a mal connu ou méconnu plus exactement le bouddhisme et l'hindouisme. Autant le dire, il n'est pas un modèle de compréhension des grandes religions d'Orient.

D'autre part, au contraire, la question qui m'est posée à propos de Thomas Merton. On n'a pas cité ici Thomas Merton mais ses écrits sur le Zen, par exemple, et d'autres sujets sont bien connus. Est-ce qu'ils sont acceptés par l'Eglise ? Vous savez que moi je suis dans un groupe qui continue un peu ces tendances. Il y a dans l'Eglise Catholique tout à fait officiellement et d'abord dans un ordre bénédictin, un organisme qui s appelle A.I.M. (Aide Inter Monastère). Cela signifie que les monastères d'Europe et d'Amérique du Nord qui sont quand même assez fortunés et riches en livres et en hommes, devraient aider les petites fondations, assez misérables qui tirent le diable par la queue en Amérique Latine, en Afrique, et en Asie. Lors de leur premier congrès à Bangkok en 1968, les organisateurs ont été confrontés avec la réalité formidable du bouddhisme qui en Thailande, pratiquement, est la religion unique et totale. Et ce sont les organisateurs, venus de Hollande, de France, qui devant cette situation, ont dit "Mais enfin les moines ne se rendent pas compte ? Il y a tout un monachisme de l'autre côté et l'on n'a pas de dialogue avec eux ?" Et Thomas Merton est mort après avoir fait une conférence à Bangkok sur ce thème. Alors après il y a eu Bangalore en 1973 et d'autres congrès à Candy, à Sri Lanka en 80 et ça va continuer. Donc maintenant on est tout à fait dans le mouvement. Et la commission à laquelle j'appartiens D.I.M. (Dialogue Inter Monastique) est une suite de cela.

La dernière question est plus spéculative, et elle porte sur la grâce et l'abandon à la Volonté Divine, sous quelles formes retrouve-t-on ces notions dans le bouddhisme ?

Nous sommes d'accord avec Lama Denis pour que je tâche de répondre un peu et lui après. Il est sûr que dans le Christianisme la grâce a une place extrêmement importante. Il y a eu toute sortes de polémiques là-dessus dans les siècles passés et des définitions dogmatiques très nettes dans le sens de la grâce. Un chrétien n'arrive pas à se dégager des passions et à progresser dans la vertu par ses propres forces, c'est la doctrine chrétienne courante. Je suis persuadé qu'un orthodoxe est encore plus persuadé que nous de cela et un protestant aussi. Puisqu'on attend la grâce de Dieu on le prie. Nous avons passé cette nuit avec Lama Denis chez les chartreux de la grande Chartreuse, et Dieu sait s ils prient pour eux-mêmes et pour le monde afin d'obtenir des grâces. C'est évident dans le christianisme. Alors en cas de difficultés, on s'abandonne à la Volonté Divine parce que l'on croit à un Dieu personnel d'amour. Dans le bouddhisme qu'en est-il ? On ne peut qu'improviser dans la mesure de ses moyens. Abandon à la Volonté Divine si vous mettez l'accent sur abandon, sûrement il y est et ce sera peut-être sous la forme, je crois, du détachement qui est si souligné dans le bouddhisme, partout et toujours, détachement des biens de ce monde, détachement des illusions qu'on a, détachement pour finir de son égo, et tout autant dans le bouddhisme que dans le christianisme. J'aime le voir dans le texte de Jésus "si quelqu'un ne renonce pas à lui-même (c'est en toutes lettres) il ne peut pas être mon disciple". Mais alors, abandon à Dieu soulève le problème formidable de Dieu donc dans le bouddhisme et l'on ne peut pas traiter cela en deux minutes.

Vén. Lama Denis Teundroup

Je suis tout à fait d'accord avec ce que vient de dire le Père de Give. Mais je crois qu'il faut envisager différents aspects du bouddhisme.

Dans le mahayana ordinaire, l'abandon est tout à fait là. Le Père de Give mentionnait le détachement. L'abandon c'est aussi le renoncement et dans son sens le plus profond, c'est le renoncement à soi. On a parlé de désidentification, de dépossession, de lâcher-prise, d'abandon de soi, d'abnégation, tout cela en fait, sont des facettes légèrement différentes, des angles d'attaque variés, d'une même chose qui est l'abandon. L'abandon est même, dans la méditation, le point crucial. La méditation est abandon : l'abandon des voiles et les voiles se définissent comme des fixations, identifications, désignations etc... On en a beaucoup parlé. Il est plus important de s'abandonner que de savoir à qui on s'abandonne car aussi longtemps que la question se pose, c'est que l'on ne s'est pas vraiment abandonné!

Alors si on s'abandonne à Dieu, il n'y a pas de Dieu personnel mais encore faudrait-il s'entendre sur la notion de personne. Le Vénérable Thich Thien Chau l'a bien exprimé. Il nous a mentionné le non-né, le non-devenu, l'incréé etc... Pour le bouddhiste, il y a abandon à la nature de Bouddha, à la Tathata, à l'Ainsité. Il y a un problème dans la mesure où l'on n'envisage pas une Divinité personnelle, comment peut-on alors parler d'une "volonté impersonnelle" ? Le bouddhiste s'abandonnera ou prendra refuge dans la Réalité, dans le "Tel quel", de la Réalité.

Dans le vajrayana, le problème prend une autre dimension, parce qu'il y a une relation personnelle à la fois à la Divinité et au Père spirituel et l'on parle de la grâce, djinlah, comme la seule chose qui soit nécessaire pour arriver à l'éveil recevoir la grâce du Bouddha de la lignée et recevoir la grâce du Père spirituel. Alors on peut très bien parler d'abandon au Yidam et à ce moment-là, d'abandon à la volonté du Yidam. Dans la voie initiatique du vajrayana il y a l'abandon au Père spirituel, Lama Teunsang nous en avait très bien parlé, lors du précédent colloque. Le Lama est celui avec lequel nous avons une relation directe et qui est le représentant du Bouddha. Il y a ce qu'on appelle en tibétain "meu gu" que l'on peut traduire par "dévotion", mais il faudra bien s'entendre sur le mot dévotion. Meugu n'a rien de dévotionnel. Meugu est en fait abandon, don de soi. la dévotion étant la capacité de se donner et de s'ouvrir. Cet abandon est extrêmement développé, extrêmement cultivé dans le vajrayana. Il y a pour cela des pratiques spéciales comme le gourou-yoga, et cet abandon est la condition nécessaire pour recevoir la grâce. Tant et si bien que dans la tradition Kagyupa on a une maxime qui est extrêmement célèbre "Meu gu tchagya tchèn po". On appose Tcha gya tchèn po, le Mahamoudra, qui est l'expérience ultime de l'Esprit, avec dévotion Meu gu. Et cette dévotion-abandon est l'outil et la méthode de la réalisation du Mahamoudra. L'un ne va pas sans l'autre, ce qui est illustré par la vie des grands lamas Kagvu, et pour ceux oui connaissent les histoires de Naropa, de Marpa, de Milaréna, c'est leur dévotion dans le sens de leur abandon au Père spirituel, leur abnégation, qui a permis le dépassement de leur personne, du moi; ce fut l'élément qui les a ouverts à une dimension supérieure et à la réalisation du Mahamoudra.

P. B. de Give

Un jour un lama m'a dit à ce propos "nous avons assez souvent, dans le bouddhisme tibétain, une sorte de bénédiction puissiez-vous recevoir la bénédiction de tous les Bouddhas!" Or qu'est-ce que c'est sinon une grâce ? Cela ne vient pas de nos propres efforts la bénédiction de tous les Bouddhas, c'est une grâce.

Intervenante

S'il vous plaît, je voudrais juste faire une petite remarque entre la dualité entre "parole " et "silence". Je pense qu'il y a un lieu où cette dualité s'évanouit, c'est l'oeuvre d'art, comme parole silencieuse. C'est pour remercier tous les Pères, au moins quatre sur les six que j'ai entendu qui ont parlé des artistes dans leur exposé et je les en remercie.

Vén. Lama Denis Teundroup

Pour conclure, je voudrais tout simplement remercier tous les Pères et tous ceux qui ont si chaleureusement, sincèrement apporté leur contribution à cette réunion. Dans la tradition bouddhiste, on termine une pratique, une méditation, un exposé, en faisant ce qu'on appelle une dédicace, d'est-à-dire une prière dans laquelle on dédie à tous les êtres, on dédie à l'éveil, au bonheur, à la réalisation, à la libération de tous les êtres, l'activité positive que l'on peut avoir fait dans cette pratique, que ce soit en parlant, en écoutant, ou dans le silence. Nous pourrons peut-être, si vous le voulez, en réciter une formule tibétaine et peut-être que le Père pourrait faire une courte priere...
 

P. B. de Give

Je ferai cette dédicace, donc, dédicace de ce que nous avons pu oeuvrer ensemble, au Saint-Esprit, puisque tout est sous le signe de la Pentecôte. Le Saint-Esprit comme on l'a humblement rappelé lors de la messe même, il emplit l'univers et c'est vrai dans toutes les traditions spirituelles de l'humanité. Ce que nous avons fait, c'est une simple petite contribution mais chacun devrait repartir du collooue avec cette volonté-là de travailler davantage à ce rapprochement entre les grandes traditions spirituelles et je crois que cela, maintenant, je peux l'adresser au Seigneur "Seigneur, nous te remercions d'avoir pu nous éclairer et nous aider chacun et chacune pendant ces quelques jours à comprendre, un peu, les richesses que tu répands à travers toutes les traditions spirituelles de I 'humanité et nous l'offrons vraiment pour tous les êtres, que cela serve à leur bonheur, à leur libération !"

Vén. Lama Denis Teundroup

Merci beaucoup. Ceux qui connaissent la formule tibétaine peuvent la réciter, les autres peuvent s'y joindre mentalement s'ils le souhaitent, de tout coeur :
 

SEU NAMM/ DI YI/ T'AMN TCHE/ ZI PA NYI// T'OB NAI/NYE PAI / DrA NAMM /P'AMM DJAI NAI// KYE GA/ NA TCHTI/ BA LAB/ TrOU PA Yu // SI PAI! TSO LAI! DrO OUA/ DrEUL OUAR CHIO // DJAMM PEL / PA OUEU / DJI TAR/ KYENN PA TANC// KUNN TOU/ SANG P0/ DE YANG// DE CHINN TE // DE TA / KUNN GYI / DJAI SOU / DA LOB TCHING// GUE OUA / DI DA T'AMM TCHE / RAB TOU NGO//

GUE OUA! DI YI/ KYE OUO KUNN// SEUNAMM/ YAI CHAT TSO DZO NAI// SEUNAMM/ YAI CHAI LAI DJOUNG OUA// DAM PA/ KOU NYI/ T'OB PAR CHIO//

SANG GYAI/ KOU SOUM/ NYAI PEI/ DJINN LAB TANG//

TCHEU NYI/ MINN GYOUR/ DENN PAl! DJINN LAB TANG//

GUEN DUNN/ MI TCHE/ DUNN PET! DJINN LAB KYI//

DJI TAR/ NGO OUA/ MEUN LAM/ DROUP PAR CHIO//
 

Puissé-je par ces activités positives
Obtenir l'omniscience et, ayant vaincu les ennemis
Qui y nuisent, puissé-je délivrer de l'océan samsarique
Tous les êtres agités dans ses vagues de naissances,
De vieillesses, de maladies et de morts.
Conformément à la connaissance de Manjousri le courageux,
De même qu'à celle de Saniantabhadra,
Et en pratiquant sur les traces de tous ceux-ci,
Je dédie parfaitement toutes ces vertus.
Par ces vertus puissent tous les êtres
Parfaire les accumulations de vertus et de sagesse
Et obtenir les deux corps saints
Qui apparaissent de ces vertus et de cette sagesse.
Par la grâce qui vient de l'obtention des trois corps du Bouddha,
Par la grâce de l'immuable vérité du Dharma en-soi,
Et par la grâce de l'irrévocable aspiration du Sangha,
Puisse se réaliser, telle quelle cette prière de dédicace.
 

Dr J.P. Schnetzler

Avant que nous nous séparions je ferai moi aussi une petite dédicace personnelle mais qui sera, je suppose, au nom de vous tous. Je remercierai les résidents de ce centre qui ont fait l'abandon de leur territoire pour que les intervenants puissent se coucher... (applaudissements), qui ont fait l'abandon de leur temps pour nous nourrir (applaudissements) pour nous servir de façon quasiment invisible...... (applaudissements) et cependant efficace. Merci à eux, car si nous avons pu parler de La parole et du silence" c est parce qu'ils nous ont nourris.

Vén. Lama Denis Teundroup

Un tout dernier mot pour terminer avec une coutume tibétaine et en même temps remercier nos invités et leur exprimer notre gratitude par une petite offrande.
 



[ Retour ]